Et si on (ré) inventait le transport maritime à la voile

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Bouteilles de vin de Bordeaux, bouteilles de Muscadet, bière, cacao, rhum, thé, sel et autres denrées alimentaires livrées à la voile avec de vieux gréements. Jusque là on pourrait croire à une opération « nostalgie »! Que nenni ! La société TOWT-Transport à la voile qui s’est lancée dans l’affaire entend relever un défi énergétique, technologique et économique. Le tout assorti d’une certification et pour certaines routes, d’une traçabilité accessible en temps réel. Bienvenue à bord !

Le Biche, un thonier de 80 ans récemment restauré a transporté plus de 4800 bouteilles de vin de Bordeaux vers la Bretagne en avril 2015

Le Biche, un thonier de 80 ans récemment restauré a transporté plus de 4800 bouteilles de vin de Bordeaux vers la Bretagne en avril 2015

Certes, depuis sa création en 2011 la société brestoise TOWT a travaillé avec une quinzaine de vieux gréements sur plusieurs routes commerciales européennes et transatlantiques. Certes, en avril dernier avec l’ancien thonier Le Biche, TOWT a ouvert une nouvelle voie maritime de grand cabotage entre Bordeaux et les ports bretons. Certes, l’opération en question rappelle le cabotage maritime, une ancienne tradition commerciale qui remonte au XVIII ème siècle. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le projet de TOWT est bel et bien ancré dans le XXI ème siècle. Il porte sur la transition énergétique et les économies d’émissions de gaz carbonique. Ou comment inventer le transport maritime à la voile du XXI ième siècle pour le transport de denrées alimentaires produites en bio le plus souvent. Rien que ça! Pour le moment, les tonnages transportés restent modestes. Tout au plus, 300 tonnes depuis 2011. Pas de quoi rivaliser avec les grands cargos des mers ! Cela dit c’est sur la base de ce premier résultat qui équivaut à 180 tonnes d’économies d’émission de gaz carbonique que TOWT s’appuie pour demander aux législateurs français de lever les contraintes qui pénalisent actuellement les voiliers traditionnels pour le transport de marchandises. « Avec nos voiliers, on est juste dix mille fois plus petit qu’un porte container. Pour le moment, on fait de l’épicerie flottante, reconnait Guillaume Le Grand, l’infatigable et énergique initiateur de ce projet ». A peine 35 ans, il pourrait en parler des heures avec passion. Pour le moment, l’ambition est de faire connaître la démarche, de sensibiliser producteurs, clients et distributeurs aux économies d’émission de carbone tout en faisant la promotion des vieux gréements. En 2014, la région Bretagne a soutenu TOWT et l’association Technopole Brest Iroise pour le lancement d’une plateforme de transport de marchandise à la voile . A ce titre, le projet a été lauréat de l’opération « Héritages littoraux » dans la catégorie « expérimentation-innovation ».

Les quelque 4800 bouteilles de vins de Bordeaux transportées en avril dernier sur le Biche depuis Bordeaux vers les ports bretons étaient estampillées de ce logo certifiant leur transport à la voile

Les quelque 4800 bouteilles de vins de Bordeaux transportées en avril dernier sur le Biche depuis Bordeaux vers les ports bretons étaient estampillées de ce logo certifiant leur transport à la voile

« Attention, on ne dit pas que l’on n’émet rien, précise Guillaume Le Grand. On dit seulement que notre mode de transport et de livraison permet au moins 70 à 75% d’économie d’émission de gaz carbonique.  » Le défi est aussi de bâtir un modèle économique. Les prix varient selon la distance parcourue et la destination. Soit pour un trajet Bordeaux-Bretagne, un coût d’environ 1,20€/tonne/mile nautique parcouru. Un tarif qui peut bien sûr être affiné en fonction du volume à transporter. En contrepartie, TOWT propose des outils de communication pour mettre en avant les efforts pour l’environnement car en plus d’évaluer les économies d’émission de carbone réalisées TOWT identifie chaque produit transporté avec par un autocollant où figure le logo « transporté à la voile » assorti d’un numéro de certification propre à son parcours de livraison. Avec la plate-Forme Bretonne de Transport à la voile et en partenariat avec Orange, un embarquement numérique a été développé. Il permet un suivi vidéo « Live » grâce notamment à la 4G qui « marche » jusqu’à 20/25 milles des côtes. Le client final peut ainsi vérifier le journal de bord de la livraison, visualiser la succession des virements bords et des escales, connaître les conditions de navigation, savoir à quel moment le moteur a malgré tout été utilisé et in fine, connaître le total des miles parcourus et les économies de carbone générées, ou tout au moins les émissions non réalisées du fait de l’utilisation de la voile comme mode de transport principal. Depuis le 1 er juin 2015, l’aventure a franchi une nouvelle étape puisque le projet de cargo-voilier de TOWT a été nommé lauréat 2015 de l’opération « initiative PME » lancée dans le cadre du Programme d’Investissements d’Avenir (PIA) pour soutenir l’innovation dans le domaine des transports. 40 autres PME ont été distinguées : 5 concernent le « secteur maritime », 28 le « secteur routier » et 7 le « secteur ferroviaire ». Ce soutien va permettre de démarrer le dossier « recherche et développement » du futur cargo-voilier de 60 m avec lequel TOWT souhaite transporter 400 à 500 t de fret, soit 550 à 600 t de port en lourd. Sachons raison garder, même avec cette cure de grossissement, ce cargo à voile sera encore 1000 fois plus petit qu’un porte container.
« Le défi est à la fois technique et économique, explique Guillaume Le Grand, on n’est pas dans la course au large, ni dans la plaisance. On cherche pas forcément le bateau le plus léger possible. On veut du fiable avant tout et on regardera les coûts de production autant que ceux de l’exploitation. » En attendant, le calendrier est serré. La première maquette à l’échelle 1/100 sera présentée fin 2015. La finalisation de la future structure juridique et financière est programmée pour mi 2016. TOWT espère que la première mise à l’eau de son futur cargo à la voile se fera en 2017/2018. Autant dire demain! Entre temps, l’épicerie flottante poursuivra son activité.

Et pour finir, cette courte vidéo qui présente la livraison d’avril dernier entre Bordeaux et la Bretagne (un grand merci à France 3 Pays de Loire)

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