Ennemi des cultures, le sclérotinia a aussi son « côté lumineux »

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Herbicide "bio" pour les uns, champignon destructeur des récoltes pour les autres. Cet exemple illustre une des difficultés d'élaboration des solutions de bio-contrôle pour la protection des cultures.

Herbicide « bio » pour les uns, champignon destructeur des récoltes pour les autres. Cet exemple illustre une des difficultés d’élaboration des solutions de bio-contrôle pour la protection des cultures.

Surprise ! Le sclérotinia, champignon microscopique qui vit dans le sol en hiver et s’attaque aux cultures dès le printemps, a lui aussi un côté lumineux ! Très lumineux même puisqu’au Canada il est vendu comme herbicide « bio » pour l’entretien des gazons. J’ai découvert cette double vie du sclétotinia le mois dernier.

Tournesol; colza, soja, pois, carottes; tomates, choux, brocolis, concombre et bien d’autres légumes encore. Non, non détrompez-vous, ce n’est ma liste de courses pour une prochaine salade composée. C’est la liste, non exhaustive, des cultures touchées par le scrérotinia, un champignon microscopique. Certes, il est sans danger pour l’homme, mais c’est tout de même un véritable cauchemar pour les agriculteurs. Et ça fait des années que ça dure. Sur tournesol, par exemple, tout y passe, les boutons, les feuilles, les tiges. De quoi faire chuter gravement les rendements. Pour enrayer ces attaques, les recommandations sont larges. Pour certaines cultures, il existe des variétés moins sensibles que d’autres. Mais en général cela ne suffit pas pour bloquer le phénomène. Les possibilités des traitements sont souvent limitées. Et les échecs sont nombreux si on n’intervient pas au bon moment. Une solution de bio contrôle existe à partir d’un autre champignon. Mais elle ne fait pas tout, elle non plus. La rotation des cultures est fortement conseillée. Bref, voila pour le versant « agricole » et sombre de la vie du slérotinia.

Jusqu’en décembre dernier, je ne connaissais que ce côté « obscur » de ce champignon lorsqu’au détour d’un colloque technique, un expert en culture venu dresser l’inventaire des moyens de lutte dans les champs de tournesol termina son exposé par un grand clin d’œil. Pourquoi un clin d’œil ? Tout simplement, parce qu’il nous livrait en quelques mots, photos à l’appui, le versant lumineux de la vie du sclérotinia. Simple comme bonjour ! Il fallait y penser.
Les monocotylédones sont capables de se défendre.
Ce champignon qui survit dans le sol en hiver et pointe son nez au printemps dès que les conditions deviennent favorables s’attaque exclusivement à des dicotylédones. Allez un petit effort à ce stade. Le retour sur quelques rudiments de botanique s’impose pour mieux comprendre la subtilité qui se joue ici ! En effet, il ne vous aura pas échappé que dans la liste « non exhaustive » des espèces sensibles au sclérotinia mentionnées plus haut ne figure aucune céréale, aucune graminée, aucune plante en forme d’herbe. Bien vu ! Aucune monocotylédone en somme, pourrait-on dire en utilisant un vocabulaire disons, plus correct botaniquement parlant. En effet, blé, orge, seigle, maïs, riz mais aussi les plantes aux longues feuilles et aux nervures parallèles sans oublier toutes les petites graines que l’on sème dans les pelouses d’agréments de nos jardins, dans le gazon des golfs ou des terrains de foot, ne sont donc pas sensibles aux attaques du slérotinia, ou pour être plus précis, elles savent s’en défense. « Et d’où vient ce savoir faire? » me direz vous. C’est simple. Toutes ces plantes en effet partagent un savoir faire commun, elles sont capables de fabriquer une substance qui détoxifie l’acide oxalique, l’arme chimique sécrétée par le sclérotinia et à la laquelle les dicotylédones ne résistent pas. S’appuyant sur cette particularité, le Canada autorise depuis septembre 2010, une formulation de granulés fabriquée à partir d’une souche de Sclérotinia. Le Sarritor ! C’est le nom commercial de cet « herbicide » bio dont l’utilisation est préconisée pour détruire les pissenlits, le trèfle blanc ou encore le plantain majeur dans le gazon de plaques. Quant à la France, ce produit n’y pas autorisé. Et le dossier ne serait pas non en cours d’étude. La raison? Le sclérotinia étant comme on l’a vu un champignon pathogène de nombreuses cultures, qui se reproduit très vite et peut rester dans le sol plusieurs dizaines d’années, on peut raisonnablement se demander s’il est judicieux d’en disséminer plus qu’il n’y en a déjà dans notre environnement. Ou comment savoir si le remède ne sera pire que le mal qu’il est censé combattre. Vaste question qui mériterait d’être plus largement débattue et étudiée au cas par cas, pays par pays, climat par climat, culture par culture. Mais ce n’est pas tout, cet exemple amène aussi une autre question. Celle de savoir si les sélectionneurs qui créent les nouvelles variétés cultivées ont envisagé de « transférer » le savoir faire de détoxification des graminées vers les dicotylédones « sensibles ». La réponse est oui là aussi, bien évidemment. L’orge aurait été l’espèce « donneuse » envisagée pour cette sélection. Mais il ne vous aura pas échappé que l’on entrerait ici dans le grand domaine des organismes génétiquement modifiés. Et ceci est déjà une autre histoire.

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