Archives de Catégorie: dégustons ensemble

Le blanc d’Argentine, un vin (encore) méconnu

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Chouette une dégustation de vins argentins ! Mince alors, moi qui pensais déguster des vins rouges de malbec me voila avec un vin blanc dans mon verre. Ou comment j’ai découvert le cépage blanc torrontés, plus précisément celui de la Bodega San Pedro de Yacochuya.

Le torrontés, cépage blanc emblématique de l'Argentine produit un vin exubérant aux arômes muscatés.

Le torrontés, cépage blanc emblématique de l’Argentine produit un vin exubérant aux arômes muscatés.

Yacochuya pour situer rapidement c’est au nord-ouest de l’Argentine à quelques kilomètres de Cafayate, on prononce « cafa-chaté », petite ville de 12 000 habitants perchée à 1700 m au pied de la Cordillère des Andes. On est ici dans la province de Salta, à quelque 1 000 km au nord du vignoble le plus emblématique d’Argentine, j’ai nommé la région de Mendoza. Autre précision, historique cette fois, le vignoble de Cafayate ne date pas d’hier, ni d’avant-hier, mais de la seconde moitié du 19ème siècle. Bon, voila pour les repères géographico-historiques ou l’inverse. C’est selon! Reste à présenter ce torrontés, cépage blanc à gros grains souvent conduit en pergola. Longtemps cantonné au marché national, le vin qui en est issu s’exporte depuis quelques années notamment sur le marché américain où il suscite un certain enthousiasme par la nouveauté de son goût et plus précisément son originalité aromatique qui rappelle le muscat d’Alexandrie dont il provient par croisement semble-t-il.
A la dégustation, ce torrontés 2014 de San Pedro de Yacochuya présente une couleur jaune pâle avec de légers reflets verts. Le nez intense et complexe rappelle celui d’un gewurstraminer. Les notes sont florales, mentholées et surtout très muscatées. L’attaque est fraiche sur une belle acidité avec une rondeur en bouche et un léger côté tannique. Le tout donne envie de se resservir un second verre. Un grand merci à Michel Rolland pour cette découverte en finale d’une dégustation de vins argentins proposées dans le cadre des rendez-vous mensuels du Duad’s club. Ultimes précisions du célèbre oenologue bordelais « c’est sans doute l’altitude qui rend ce cépage torrontés si exubérant. N’oublions pas que les vignes de Cafayate poussent à plus de 1800 mètres. A Mendoza, le torrontés donne un vin blanc de peu de caractère, avec une acidité certes, mais sans les arômes. » Et pour le côté tannique de ce cépage, il ajoute « qu’il faut effectivement être prudent sur la maturité, sur l’extraction et les pressurages pour éviter l’amertume. Et si on parvient à éviter les pièges de ce cépage, il donne un vin qui plait beaucoup par cette originalité aromatique. » On confirme ! Juste pour conclure, et pour la petite histoire, Yacochuya c’est le vignoble où l’aventure argentine a commencé pour Michel Rolland. C’était il y a près de 30 ans en 1988.

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La « brett » s’habille en kombucha

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Son petit nom scientifique c’est Brettanomyces bruxellensis. Les oenologues l’appellent tout simplement « Brett« et en général ils préfèrent ne pas la rencontrer dans leurs vins à cause d’odeurs désagréables dont la « Brett » a le secret. Oui mais voila, il existe un autre monde pour la « Brett« . Un monde dans lequel sa présence est revendiquée et parfois même affichée. Celui des amateurs de Kombucha. Une boisson fermentée à base de thé et de sucre que ses promoteurs qualifient de « boisson santé ». Et depuis peu, un autre monde totalement nouveau et innovant s’ouvre à la petite Brett, celui de la « bio-couture ».

A gauche le vinaigre artisanal de Combucha, à droite la boisson désaltérante acidulée et légèrement pétillante élaborée, elle aussi, à partir du champignon de kombucha

A gauche le vinaigre artisanal de Combucha, à droite la boisson désaltérante acidulée et légèrement pétillante laborée, elle aussi, à partir du champignon de kombucha

Commençons d’abord par les présentations. Cette petite « brett » tant redoutée par les œnologues n’est autre qu’une levure somme toute assez répandue et totalement inoffensive du point de vue pathogène. Si elle contrarie tant les œnologues c’est parce qu’elle possède, dans certaines conditions, la fâcheuse disposition de transformer quelques composés du vin en molécules volatiles dont l’odeur rappelle, au mieux, l’encre ou la gouache, au pire, la sueur de cheval quand ce n’est pas le poulailler ou l’écurie. Oups! On parle alors de vins phénolés. L’adjectif dérivant tout droit du nom de ces molécules malodorantes, les éthyls-phénols. Bref, on l’aura compris quand on travaille de près ou de loin dans l’oenoloqie, et n’en déplaisent à ceux qui voient dans l’effet « brett » un je ne sais quoi donnant au vin comme un « bon goût de terroir pouvant plaire aux nostalgiques des vins d’antan! » la petite « brett » est rarement bienvenue en œnologie. J’en étais donc à ce modeste niveau de connaissance à propos de cette levure lorsque l’été dernier, oh surprise, je découvre sur les rayons d’un magasin une petite bouteille de « vinaigre de Combucha ». On prononce KOM-BOU-TCHA et on peut aussi écrire Kombucha. La vision de ces trois syllabes associées au murmure de ma prononciation ravive immédiatement ma mémoire. Oui, j’ai déjà entendu ce nom à la consonance exotique qui évoquerait plutôt une danse folklorique. C’était quelques mois plus tôt, à l’occasion d’un colloque d’œnologues justement. De retour chez moi, petite recherche dans mes notes. Et Bingo! Je remets la main sur la petite phrase qui avait alors piqué ma curiosité. La voici : « Brett est une levure associée à de nombreux produits fermentés, alimentaires ou non, comme le vin, le cidre mais aussi, la bière, la féta, le kéfir, le bio-éthanol ou encore, le kombucha, une boisson à base de thé noir, ou vert, dont la complexité aromatique aurait à voir avec la présence de Brett. ». Lire la suite

Ce « petit hasard » qui sauva le raisin il y a plus de 100 ans

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Septembre, c’est le mois des vendanges. L’occasion de revenir sur un chapitre qui a marqué durablement l’histoire de notre vignoble. La découverte, grâce à un coup de pouce du hasard, des vertus du cuivre qui donnera naissance à la célèbre bouillie bordelaise sauvant ainsi le raisin des attaques de mildiou.

La découverte liée au hasard de la bouillie bordelaise fait partie des 50 "petits hasards qui ont bouleversé la science" parus aux Editions Papillon Rouge

La découverte liée au hasard de la bouillie bordelaise fait partie des 50 « petits hasards qui ont bouleversé la science » parus aux Editions Papillon Rouge


Le mildiou de la vigne, il y a les années avec, et les années sans. Cet champignon microscopique tant redouté par les vignerons se cache sournoisement pendant l’hiver dans les feuilles mortes qui jonchent le sol. Dès les premières pluies printanières, il se met à frémir et si la température commence à grimper, il prépare l’attaque fatale. Peu à peu, il s’infiltre dans les tissus de la plante. Rien de très visible dans un premier temps. Quelques tâches ça et là sur les jeunes feuilles. Qu’il se mette ensuite à pleuvoir régulièrement et c’est une épidémie destructrice qui s’étend en quelques jours. Tout y passe. Feuilles, rameaux, grappes se dessèchent comme après un coup de chaleur. Les espoirs de récolte sont anéantis mais la vigne ne meurt pas. Repéré pour la première fois en France en 1878, puis à Bordeaux dès 1881, ce champignon se propage ensuite dans tout le vignoble français. Les spécialistes viticoles qui se penchent sur ce nouveau désastre concluent qu’il est arrivé des Etats Unis avec les plants résistants au phylloxéra. Autrement dit, en soignant un premier fléau on en a introduit un second. Les recherches démarrent. On veut comprendre comment le champignon se développe et bien sûr, on cherche un moyen de lutte rapide et efficace. Les observations se multiplient. On constate que les attaques fluctuent d’une année sur l’autre, mais aussi que leur virulence varie d’une petite région à l’autre au cours d’une année. L’explication? Ceci serait en lien avec les conditions climatiques favorables au développement du champignon qui, elles aussi, varient d’une année sur l’autre et d’une micro région à l’autre au cours de la même année. Les premières publications scientifiques ne se font pas attendre. Quant au remède, on expérimente de tous côtés. Le soufre utilisé contre l’oïdium, autre champignon dévastateur, n’a pas d’effet. On essaie alors de nombreuses solutions. Et c’est grâce à une observation fortuite que l’on découvre enfin le moyen de lutte efficace : la célèbre bouillie bordelaise. Le principal protagoniste de cette découverte liée au hasard se nomme Alexis Millardet. Botaniste d’origine franc-comtoise, il travaille depuis 1876 à la Faculté des sciences de Bordeaux. Dès ses premiers travaux sur le mildiou de la vigne, il cherche à identifier un moyen de lutte applicable avant l’apparition des symptômes..

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Et si on (ré) inventait le transport maritime à la voile

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Bouteilles de vin de Bordeaux, bouteilles de Muscadet, bière, cacao, rhum, thé, sel et autres denrées alimentaires livrées à la voile avec de vieux gréements. Jusque là on pourrait croire à une opération « nostalgie »! Que nenni ! La société TOWT-Transport à la voile qui s’est lancée dans l’affaire entend relever un défi énergétique, technologique et économique. Le tout assorti d’une certification et pour certaines routes, d’une traçabilité accessible en temps réel. Bienvenue à bord !

Le Biche, un thonier de 80 ans récemment restauré a transporté plus de 4800 bouteilles de vin de Bordeaux vers la Bretagne en avril 2015

Le Biche, un thonier de 80 ans récemment restauré a transporté plus de 4800 bouteilles de vin de Bordeaux vers la Bretagne en avril 2015

Certes, depuis sa création en 2011 la société brestoise TOWT a travaillé avec une quinzaine de vieux gréements sur plusieurs routes commerciales européennes et transatlantiques. Certes, en avril dernier avec l’ancien thonier Le Biche, TOWT a ouvert une nouvelle voie maritime de grand cabotage entre Bordeaux et les ports bretons. Certes, l’opération en question rappelle le cabotage maritime, une ancienne tradition commerciale qui remonte au XVIII ème siècle. Mais que l’on ne s’y trompe pas, le projet de TOWT est bel et bien ancré dans le XXI ème siècle. Il porte sur la transition énergétique et les économies d’émissions de gaz carbonique. Ou comment inventer le transport maritime à la voile du XXI ième siècle pour le transport de denrées alimentaires produites en bio le plus souvent. Rien que ça! Pour le moment, les tonnages transportés restent modestes. Tout au plus, 300 tonnes depuis 2011. Pas de quoi rivaliser avec les grands cargos des mers ! Cela dit c’est sur la base de ce premier résultat qui équivaut à 180 tonnes d’économies d’émission de gaz carbonique que TOWT s’appuie pour demander aux législateurs français de lever les contraintes qui pénalisent actuellement les voiliers traditionnels pour le transport de marchandises. « Avec nos voiliers, on est juste dix mille fois plus petit qu’un porte container. Pour le moment, on fait de l’épicerie flottante, reconnait Guillaume Le Grand, l’infatigable et énergique initiateur de ce projet ». A peine 35 ans, il pourrait en parler des heures avec passion. Pour le moment, l’ambition est de faire connaître la démarche, de sensibiliser producteurs, clients et distributeurs aux économies d’émission de carbone tout en faisant la promotion des vieux gréements. En 2014, la région Bretagne a soutenu TOWT et l’association Technopole Brest Iroise pour le lancement d’une plateforme de transport de marchandise à la voile . A ce titre, le projet a été lauréat de l’opération « Héritages littoraux » dans la catégorie « expérimentation-innovation ». Lire la suite

Il n’y a pas que le « single malt » dans la vie !

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Cette petite phrase claire, simple et surtout très décomplexante entendue récemment lors d’une dégustation « découverte » organisée par mon caviste préféré a fonctionné sur moi comme un déclic. C’est comme ça que j’ai découvert Hedonism et que j’ose en parler ici aujourd’hui. Bien vu!

un "blend"  d'assemblage de whiskies de grain

un « blend » d’assemblage de whiskies de grain

Même si je déguste assez souvent des vins, je n’y connais rien, absolument rien en whisky. Qui plus est je suis une femme de plus de 50 ans (oui, oui déjà!). Donc pas vraiment le profil de l’amateur de whisky. Et d’ailleurs je n’ai aucunement l’intention d’apprendre par cœur la carte de toutes les distilleries écossaises ni même de connaître sur le bout des doigts la subtilité de leurs règles de production! D’accord, d’accord, ça viendra peut être un jour! Je sais qu’il ne faut pas dire « Ecosse, je ne boirai jamais de ton single malt ». Pour l’heure, je me trouve donc chez ce caviste entourée d’une bonne soixantaine d’autres curieux qui comme moi franchissent régulièrement le seuil de la boutique pour y découvrir de nouveaux vins. Ce soir l’invitation indiquait « soirée whisky ». Pourquoi pas? Je ne serai pas déçue. Avec cette petite phrase qui a immédiatement fait mouche dans mon esprit, l’animatrice de la soirée vient de délivrer une autorisation, celle de découvrir des whiskies d’assemblage, les « blends », spécialité de la maison qui l’emploie, en nous promettant quatre découvertes de « qualité » mais surtout de « plaisir ». Parmi elles, j’ai donc flashé sur Hédonism : Couleur jaune pâle; nez avec des arômes de vanille et noix de coco; frais, crémeux et pâtissier en bouche; une bonne longueur. Bien m’en a pris d’accepter cette invitation ! Et pour les curieux qui voudraient en savoir un peu plus, voici cette vidéo (en anglais) où John Glaser, Master Blender, et créateur de Compass Box explique son savoir faire.

« Dossier Zinfandel », genre du film : la recherche est aussi une aventure humaine

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Fin 2001, la nouvelle tombe! Grâce aux tests ADN, on vient d’identifier formellement que le cépage Zinfandel est d’origine croate. Cette annonce met un point final à plusieurs décennies d’investigations. Le film « Dossier Zinfandel » retrace les péripéties de cette longue histoire scientifique. Il met aussi en lumière que la recherche est une aventure humaine.

"Dossier Zinfandel" , un film de Milka Barisic

« Dossier Zinfandel » , un film de Milka Barisic

Tests ADN et recherches de paternité! Suspens et rebondissements ! Malgré des ingrédients aussi croustillants, « Dossier Zinfandel » n’a rien d’un thriller « grand public ». Ce film documentaire d’environ une heure s’adresse plutôt aux amateurs d’histoire des cépages. Il raconte en effet comment après plusieurs décennies de recherches scientifiques, l’origine croate du Zinfandel, cépage emblématique de la viticulture californienne, a été formellement déterminée. Bon d’accord, il faut l’avouer, on s’y perd parfois un peu dans les méandres des hypothèses et des fausses pistes retracées ici.

Et pour ne pas être perdu en regardant le film, je conseille d’avoir en tête 2 informations. Les 4 cépages que sont le californien Zinfandel, l’italien Primitivo, et les croates Crljenak Kastelanski et Tribidrag sont des cépages jumeaux, autrement des clones (ZPKT). Quant au Zinfandel, c’est un des parents du cépage autochtone croate Plavac Mali, l’autre parent étant lui aussi un cépage croate le Dobritic

Cela dit, c’est justement parce qu’il met en avant ces tâtonnements que le film devient attachant. On peut même dire qu’il est un bel hommage à la ténacité des scientifiques. Ici ceux de l’Université de Davis en Californie avec l’équipe du docteur Carole Meredith, généticienne et leurs homologues croates de la Faculté d’Agronomie de Zagreb, les docteurs Ivan Pejic et Edi Maletic. Des équipes de chercheurs que l’on suit pas à pas sur plusieurs années, à travers leurs échanges de mails tantôt pleins d’espoirs, tantôt empreints de déceptions. Des chercheurs qui se remémorent leurs doutes, leurs intuitions et même leur colère lorsqu’ils ratent un échantillonnage. Des chercheurs qui ré-ouvrent leurs carnets d’essais et racontent avec enthousiasme leurs investigations sur le terrain et leurs campagnes de prospection sur les pentes escarpées du littoral croate. L’aventure humaine transparait aussi grâce aux témoignages des autres protagonistes, celui de l’écrivain Charles L Sullivan, celui du professeur Austin Goheen et à la fin du film celui du viticulteur croate Ivica Radunic qui, ultime rebondissement, s’apprêtait à arracher ses derniers pieds du cépage Crljenak Kastelanski, frère croate du Zinfandel. Entre temps, on aura fait connaissance avec Mike Grgich, grande figure de la viticulture californienne qui peu après son arrivée aux Etats-Unis en 1958, fut un des premiers à soupçonner l’origine croate du Zinfandel tant la ressemblance avec le Plavac Mali, un cépage autochtone de son pays, était pour lui évidente.

Bon avec tout ça j’espère vous avoir donné envie de voir ce film. Reste un hic et même plusieurs. D’abord, il est en anglais et en croate avec sous titrage en anglais. Produit par la télévision croate, « dossier Zinfandel » a été projeté pour la première fois fin 2013 dans la sélection officielle du Festival de la Napa Valley. Plus près de chez nous, il a reçu le prix « science et culture » décerné par la Revue des Oenologues dans le cadre de son festival Oenovidéo 2014. Commercialisé en DVD depuis juin 2014, aux Etats-Unis et au Canada, il a aussi fait l’objet de projections éducatives et privées. Autrement dit, si la curiosité vous pique sur ce film, le mieux est de contacter la personne dont le mail juste ici (ksenija.celar.repac@hrt.hr) et qui travaille au département commercial de la télévision croate.

Faire-part de (re) naissance du vin issu de Genouillet

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Le Genouillet, cépage noir à jus blanc originaire du Berry, avait disparu. Ou presque ! Il est désormais ressuscité. Première vinification en 2013 en rosé. Mais ses « re-découvreurs » ont d’autres ambitions pour lui. Ils cherchent désormais le terroir dans lequel il s’exprimera le mieux et entendent le tester bientôt en assemblage avec du Pinot noir.

Ce cépage noir à jus blanc entame sa seconde vie. L'histoire se passe à Quincy dans le département du Cher.

Ce cépage noir à jus blanc entame sa seconde vie. L’histoire se passe à Quincy dans le département du Cher.

Seconde vie! Résurrection! N’ayons pas peur des mots ! Ce sont d’ailleurs ceux qu’utilise avec une certaine fierté Jacques Aubourg, directeur de l’Union pour la préservation et la valorisation des ressources génétiques du Centre (URGC) quand il évoque les dix années de recherches obstinées menées de concert avec Maryline et Jean-Jacques Smith, viticulteurs de leur état, pour faire revivre ce cépage. Leur persévérance a fini par payer puisque le Genouillet, cépage disparu du vignoble français comme beaucoup d’autres après la crise du Phylloxéra, a finalement obtenu son inscription au Catalogue Officiel en septembre 2011. Disparu pas tout à fait. Disons plutôt perdu de vue pendant près d’un siècle jusqu’à ce que l’ampélographe Jean Bisson, l’identifie, un peu par hasard, lors d’une prospection dans une vieille vigne près d’Issoudun vers 1980.
Mais avant de raconter la nouvelle vie du Genouilllet, petit zoom arrière sur son histoire. Lire la suite

La Georgie fière de sa vinification à la mode « Néolithique »

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Cette technique préhistorique de vinification qui fait la fierté de la Georgie est associée aux qvevris, grandes jarres enterrées servant autant à vinifier qu’à élever le vin. Fierté justifiée car ce mode vinification datant du « Néolithique » a récemment été promu « Patrimoine culturel mondial » par l’Unesco. Rien que ça ! Et même si les vins georgiens de qvevri sont souvent des productions familiales aux volumes confidentiels, certaines wineries, comme Khareba, affiche les siens au catalogue à côté de ses vins « contemporains ». Dégustation de l’ancien et du moderne !

Ce vin à la couleur orangée a été vinifié en qvevri selon un mode de vinification datant du Néolithique propre à la Géorgie  et reconnu depuis peu par l'Unesco comme "patrimoine immatériel de l'humanité"

Ce vin à la couleur orangée a été vinifié en qvevri (on trouve aussi l’orthographe kvevri) selon un mode de vinification datant du Néolithique propre à la Géorgie et reconnu depuis peu par l’Unesco comme « patrimoine immatériel de l’humanité »

Oui, oui, vous avez très bien lu. L’un des deux vins du jour nous vient du Néolithique. Côté chronologie, cela donne un bond en arrière de 8000 ans à l’époque où nos ancêtres se nourrissaient de chasse et de cueillette. Et pour le lieu, nous sommes dans le Caucase, en Géorgie, capitale Tbilissi. Au nord, la Russie, au sud, la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Sans oublier à l’ouest un littoral ouvert sur la mer Noire. Voila pour la géographie!

une vinification en vendange entière

Revenons à l’histoire viticole ! Avec ces grandes jarres de terre cuite de 600 à plus de 1000 litres enterrées dans le sol, on tient là le mode de vinification le plus ancien de l’histoire humaine. Attention, rien à voir avec les amphores qui elles servaient au transport. Le procédé de vinification avec un qvevri est simple. Les raisins entiers qu’ils soient rouges ou blancs y sont entonnés avec peaux, pépins et parfois rafles. Après fermentation alcoolique, le qvevri est obturé. La macération se poursuit pendant plusieurs mois et en général la fermentation malolactique s’enclenche d’elle-même. Reste à suivre l’évolution en dégustant de temps en temps. Après quoi, le vin est aspiré avec un appareillage équipé d’une grille pour séparer le vin fini de la partie solide tombée au fond du qvevri. Et même si les interventions sont peu nombreuses, à ce stade, un léger sulfitage est tout de même le bienvenu pour assurer la stabilisation du vin. Le qvevri est ensuite nettoyé pour être réutilisé. Certains qvevris sont centenaires. Les cépages les plus utilisés pour cette vinification du fond des âges sont le Saperavi (rouge), et deux cépages blancs, Mtsvane et Rkatsiteli. Fin 2013, ce savoir faire préhistorique a obtenu sa reconnaissance à l’Unesco.

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Biwine, le porte-bouteille design qui s’expose

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création du designer bordelais Vincent Poujardieu

le porte-bouteille biwine est avant tout un bel objet : ici exposé à la Vieille Eglise de Mérignac

Comme le violon a son étui, la bouteille de vin a son biwine. C’est assurément par son petit air « étui à violon » que cet élégant porte-bouteille affiche une aussi précieuse allure. Et quand il est équipé de son harnais et d’une grande sangle de cuir, le biwine se porte en bandoulière pour le plus grand bonheur des cyclistes amateurs de vin. Et ils sont de plus en plus nombreux!

Le biwine, on l’aura compris est avant un bel objet et cette qualité lui a valu d’être exposé à la Vieille Eglise Saint-Vincent de Mérignac où le designer bordelais Vincent Poujardieu présentait une dizaine de ses créations, de la pièce unique monumentale comme la table Z aux objets de série comme le biwine.  Côté conception, la coque du biwine qui est constituée à 90 % de fins granulés de liège compressés et agglomérés a été élaborée en collaboration étroite avec la société Amorim Cork Composites, filiale du groupe portugais Amorim, spécialiste mondial du bouchage à partir de liège. « La mise au point de cette coque de 20 mm d’épaisseur avec sa forme courbe est une prouesse technologique, explique Claudia Courtois, éditrice du biwine, car jusque là les produits issus des chutes de ce premier écorçage sont plats et peu épais comme les plaques murales d’isolation. »
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Un vin sauvé de l’extinction en Hautes Alpes

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le cépage Mollard a été sauvé d'une extinction certaine par Marc Allemand, viticulteur dans les hautes Alpes

le cépage Mollard a été sauvé d’une extinction certaine par Marc Allemand, viticulteur dans les Hautes Alpes

On les aime bien ces cépages et forcément on a envie de participer à leur sauvetage! Comment pourrait-il en être autrement ? Dans les Hautes Alpes, un vigneron, Marc Allemand, en a sauvé un, le Mollard et grâce à ses efforts deux clones sont désormais inscrits au catalogue officiel. On a dégusté un des vins 100 % Mollard du Domaine Allemand.

Qualifiés de modestes et d’oubliés par les uns, d’emblématiques ou d’historiques par les autres, on les dit aussi rares, confidentiels, locaux ou autochtones quand ce n’est pas encore plus humblement sous le qualificatif de « secondaires » qu’on parle d’eux! Quelle discrétion, en effet! Bon d’accord, il se trouve parfois certains observateurs cyniques qui, misant sur le célèbre syllogisme « tout ce qui est rare est cher », nourrissent à travers ces cépages peu communs l’espoir d’une belle valorisation commerciale réduisant ainsi leur statut à celui très mercantile de « cépages de niche ».

Ne soyons pas dupe, sachons entendre toutes les voix, entrevoir tous les enjeux qu’ils soient culturels, œnologiques, commerciaux, patrimoniaux mais aussi scientifiques et génétiques avec ici en ligne de mire la sauvegarde de la biodiversité, l’adaptation au réchauffement climatique et la lutte contre les maladies comme objectifs majeurs Et surtout, dégustons ces « raretés » en écoutant attentivement tous les récits qu’ils drainent dans leur sillage.

Voilà donc à peu de chose près l’état d’esprit qui était le mien lorsque j’ai récemment découvert le cépage Mollard N en compagnie d’un certain Marc Allemand, vigneron de son état qui me résuma humblement et en quelques mots précis comment après des années de patience et de persévérance il avait largement contribué au sauvetage de ce cépage rouge dans son département d’origine, les Hautes Alpes.

Tiens, il y a un vignoble de production de vin en Hautes Alpes? Oui, vous avez bien lu. Avec une centaine d’hectares de vigne dans la région de Gap, la viticulture partage ici avec l’horticulture le statut de filière « petit Poucet » comparé aux prairies et autres surfaces herbagères qui occupent la majorité de l’espace agricole de ce département.

Quoi qu’il en soit, il se passe des choses intéressantes dans ce petit vignoble. De ses années de sauvetage, qu’il a menées à partir de 1995 en collaboration étroite avec l’Etablissement Technique pour l’Amélioration de la Viticulture, connu sous le sigle ENTAV, Marc Allemand résume modestement que cela a « abouti à l’inscription en 2005 de deux clones au catalogue officiel, le 993 et le 996 « . Deux clones dont il a planté depuis une vigne mère laquelle sert à la production des nouveaux clones certifiés de ce cépage. Cépage qu’il cultive par ailleurs sur 4 ha dans sa propriété de Théüs et qu’il vinifie sous l’indication géographie « Hautes Alpes ». J’ai aimé les notes grillées et poivrées du rouge 100 % Mollard 2012, son amplitude en bouche et ses légers tanins.